Notre avis sur le Budget municipal présenté le 16 février

Voici la position exprimées par les conseillers municipaux du groupe Poissy Demain, lors du conseil municipal du 16 février 2026.

Pour les autres avis présentés au conseil municipal le 16 février 2026, c’est ici : https://www.mieuxvivrepoissy.fr/index.php/2026/02/16/avis-de-la-minorite-au-conseil-municipal-du-16-fevrier/

L’intervention de Romain Loyer

La nouvelle configuration de la majorité offre cette année une opportunité : que cette délibération porte enfin son nom.

Ce rapport d’orientation budgétaire s’ouvre sur un long développement consacré au contexte national. Le ton est grave, presque anxiogène. Depuis des décennies, le même récit domine : celui des déficits et de la dette, qui sont un enjeu fondamental il est vrai, mais exclusivement analysé sous le spectre de la nécessité de réduire la dépense publique.

Ce récit oublie souvent une dimension essentielle : celle des recettes.

Les choix fiscaux successifs de ces dernières décennies – et particulièrement ces 10 dernières années – ont affaibli les ressources publiques, et trop souvent, transféré au secteur public le coût des crises tout en laissant au secteur privé la captation des bénéfices.

L’État a unilatéralement réduit l’autonomie fiscale des collectivités, par pure opportunisme politique, par la suppression de taxes (Taxe professionnelle, taxe d’habitation) qui abondait aux budgets des villes, arguant qu’il compenserait.

Aujourd’hui, l’État réduit les marges de manœuvre des collectivités, en baissant le niveau des compensations de ces taxes, en particulier la perte d’un million d’euros de DCRTP. Accompagnant la chute continue de la DGF, et la provision d’une contribution supplémentaire via le DILICO. Ceci sans compter le contexte départemental qui a gelé toutes ses subventions du fait de la réduction de ses propres marges financières, tout en s’entêtant à financer des projets routiers obsolètes.

Mais ces contraintes ne doivent pas empêcher un débat clair sur nos choix locaux.

Vous annoncez un niveau d’investissement conséquent, entre 26 et 27 millions d’euros. Nous ne remettons pas en cause les grands projets engagés : équipements scolaires, culturels, patrimoniaux. Ils sont structurants et nécessaires.

En revanche, il manque toujours une stratégie transversale et ambitieuse sur l’adaptation au changement climatique.

La résilience de notre cité ne peut pas être un angle mort. Désimperméabilisation des sols, végétalisation massive, rénovation thermique accélérée, production locale d’énergie : où est le plan d’ensemble ? Notre niveau d’endettement reste modéré. Cela signifie que nous disposons encore d’une capacité d’emprunt raisonnable. La question n’est pas de s’endetter sans discernement, mais d’utiliser ce levier pour préparer l’avenir, sur des sujets générant des économies de fonctionnement ou de nouvelles recettes, et éviter des coûts bien plus lourds demain.

La non-adaptation au changement climatique coûterait jusqu’à 20 fois le coût d’adaptation.

Sur le fonctionnement, la trajectoire est plus préoccupante. La capacité d’autofinancement se contracte, et vous annoncez que les charges progresseront plus vite que les recettes. 

Dans ce contexte, vous assumez une politique de non-remplacement systématique des départs en retraite.

Je souhaite ici dire un mot sur les agents municipaux.

Notre groupe a été accusé à plusieurs reprises d’irrespect envers les agents, notamment parce que nous aurions transmis des questions orales quelques heures trop tard. Mais le respect des agents ne se limite pas à une question d’horaires administratifs. Il se mesure aussi aux conditions de travail que l’on crée. Or, les réorganisations successives, la réduction progressive des effectifs, la pression accrue sur les services produisent du stress, de l’incertitude et une charge de travail toujours plus lourde. C’est cela, le véritable enjeu du respect : donner aux agents des moyens stables, une visibilité et des conditions d’exercice soutenables.

Et il faut le dire clairement : ce débat d’orientation budgétaire intervient dans un contexte particulier. Dans un mois, une nouvelle majorité prendra les responsabilités de la ville. Cela appelle à la lucidité et à la mesure. Les engagements que vous projetez aujourd’hui engageront ceux qui auront à les mettre en œuvre demain. Nous espérons donc que la trajectoire présentée laisse des marges de manœuvre réelles et ne fige pas des orientations qui devraient relever du prochain exécutif.

Un budget, au niveau de l’Etat ou comme d’une collectivité, n’est pas qu’un document technique, malgré ce que l’on a pu entendre lors des débats nationaux ces dernières semaines. C’est surtout un cap politique pour plusieurs années, et depuis 2014, comme nous l’avons rappelé plusieurs fois à cette assemblée pendant notre mandature, force est de constater que le cap n’a pas été suffisamment ambitieux pour préparer l’avenir.

L’intervention de Christophe Massiaux

Le Débat d’Orientation Budgétaire, est censé être un moment charnière pour l’année à venir.

Force est pourtant de constater que le DOB a bien peu porté son nom.

Il n’y a jusqu’à présent eu que très peu de véritable débat, à l’image de presque tous les conseils de cette mandature. 

Ce conseil étant le dernier pour les équipes en place, je souhaite rappeler ici le rôle essentiel de la Politique avec un grand P. Nos décisions ont un impact réel sur la vie des concitoyennes et concitoyens, et c’est encore plus vrai à l’échelon municipal. 

N’ayons donc pas peur de faire de la politique, je ne parle pas ici faire de la politique politicienne et stratégique, comme certains aiment la pratiquer, mais redonner à ce mot toute sa noblesse. Faire de la politique, c’est assumer ses responsabilités. C’est mesurer la lourde tâche qui est la nôtre : représenter plus de 40000 habitantes et habitants. 

C’est aussi comprendre les enjeux de notre société et les défis à venir. Peser chaque décision avec le recul nécessaire pour en mesurer l’impact, non seulement sur  le quotidien, mais aussi sur  l’avenir de nos semblables.

A Poissy, nous avons la chance d’être une ville qui se porte bien et qui repose sur des bases solides, mais nous devons dépasser la seule gestion en bon père de famille qui vous caractérise et aller plus loin face aux enjeux qui des décennies à venir. Gouverner c’est prévoir. Alors imaginons l’avenir de Poissy en 2030, en 2040, voire en 2050 et demandons-nous si notre ville sera adaptée aux enjeux qui l’attendent? 

Force est de constater que malgré nos nombreuses demandes, aucun plan d’envergure ne semble exister pour la rénovation de nos bâtiments publics en générale et de nos écoles en particulier.

Nombre d’entre elles nécessitent des investissements importants, entre les écoles qui fuient, les passoires énergétiques ou même les objectifs de qualité de l’air intérieur déplorables. Les autres bâtiments municipaux ne sont pas mieux loties, difficultés d’accès et inadaptation aux personnes en situations de handicap, ou encore vieillissement du bâti. 

De la même manière, les services publics ne doivent pas être considérés comme de simples postes de dépense à réduire.

Le choix, année après année, d’en déléguer une part croissante au secteur privé, dont le premier objectif est le profit, est un choix politique. C’est votre choix et c’est votre responsabilité. Nous restons convaincus que les agents du service public sont pleinement capables d’assurer les missions relevant de la municipalité ou de la Communauté urbaine, et ce dans l’intérêt direct de nos administrés.

Tout cela pour dire que les orientations budgétaires proposées ne sont, une fois encore, pas à la hauteur des enjeux.

Pourtant, nous pourrions faire des choix forts, structurants et porteurs d’avenir :

  • Investir massivement dans la rénovation énergétique de nos bâtiments pour réduire notre empreinte carbone, améliorer le confort des agents, des enfants et des habitants.
  • Engager une véritable politique de désimperméabilisation de la ville afin de limiter les effets des fortes pluies et permettre à l’eau de retrouver son cycle naturel en alimentant les nappes phréatiques.
  • Repenser les mobilités pour que chacune et chacun puisse se déplacer en sécurité, dans le respect de tous.
  • Faire sortir la culture des murs des théâtres et du conservatoire pour aller à la rencontre des habitants, et permettre à toutes et tous de se sentir légitimes à franchir les portes d’une salle de spectacle.
  • Garantir à chacune et chacun un logement digne.
  • Aller au-delà des obligations légales en matière de restauration collective, en développant le bio, les alternatives végétales et les circuits courts, dans le respect de l’environnement et du travail de nos agriculteurs locaux.
  • Soutenir davantage le tissu associatif pour recréer du lien dans nos quartiers.

Je pourrais également évoquer les violences intrafamiliales, la citoyenneté, la sécurité ou encore la démocratie participative. Mais vous l’aurez compris : tout cela relève de choix politiques.

Des choix que nous n’avons cessé de contextualiser et repolitiser ces 6 dernières années.

Certains ont retenu votre attention, et nous nous en réjouissons dans l’intérêt commun. Mais ils sont trop peu nombreux pour que nous puissions ignorer le retard accumulé.